Essai Ford Vedette 1953 Auto Journal 15 mai 1953

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Messagepar fredV » Lun Juin 11, 2018 11:03 am

Texte intégral de l'essai de la Ford Vedette 53, Auto Journal du 15 mai 1953

Après la Ford "Zéphyr" c'est la Ford "Vedette" 1953, mise à notre disposition par le constructeur, qui a été soumise cette fois aux essais détaillés de la CEEPA, et, durant plus de 5000 km, les techniciens des diverses nations participantes ont soigneusement examiné le comportement de la voiture. Il n'est pas besoin de présenter la Vedette, l'Auto-Journal l'ayant déjà essayée à deux reprises différentes. Il s'agit cependant cette fois d'un modèle renouvelé présentant sur quelques points de notables améliorations dont le besoin se faisait à vrai dire réellement sentir.

GROUPE MOTO-PROPULSEUR

Le capot de la Ford vedette abrite toujours le 8 cylindres en V à soupapes latérales et si quelques culasses à soupapes en tête ont été essayées çà et là, il n'est toujours pas question d'en adopter une -et même deux en l'occurence- en série. Le groupe a cependant subi deux modifications importantes propres à transformer dans une certaine mesure la physionomie de la voiture. Il s'agit tout d'abord du refroidissement qui, il faut bien le dire, donnait bien du souci aux possesseurs de Vedette en montagne, ou lorsque la température s'élevait outre mesure.

Dans l'impossibilité de procéder à une refonte totale, les techniciens de Poissy ont été contraints à utiliser des palliatifs énergiques et la situation actuelle s'établit ainsi : à l'eau contenue dans le radiateur est mélangée une solution vraisemblablement à base de glycol qui permet d'élever le point d'ébullition de l'ensemble, autorisant de la sorte un fonctionnement normal au-dessus de 100°C. Par aillurs la circulation d'eau se fait maintenant sous pression grâce à un bouchon de radiateur convenablement taré et à un renforcement général des conduits extérieurs.

Notons en passant qu'il devient donc nécessaire d'user de précautions lorsqu'on désire s'enquérir du niveau d'eau : on risquerait en cas d'ouverture rapide du bouchon, après avois demandé un effort à la voiture, d'être atteint par des projection d'eau à haute température. Enfin , un rhéostat manoeuvre automatiquement un volet d'obturation du radiateur suivant une technique déjà employée il y a près de trente ans et qui semblait définitivement abandonnée.

Ford reconnaît aujourd'hui que l'embiellage des Vedette 52 manifestait quelquefois de déplorables faiblesses. Rappelons que c'étaient des bagues flottantes munies d'antifrictions sur leurs deux faces qui séparaient alors les bielles du vilebrequin. Ce procédé théoriquement séduisant ayant été abandonné, on trouve maintenant des coussinets plus classiques et l'on est en droit de pouvoir compter sur une robustesse accrue.

Au point de vue performances, la Vedette 53 paraît être très légèrement en dessous des chiffres obtenus par sa devancière. Le nouvel arrière décroché n'est pas étranger à une diminution de vitesse de l'ordre de 2 à 3 km/h tandis qu'une légère diminution de la démultiplication du pont a tout naturellement exercé une influence sur les accélérations. Les performances peuvent malgré tout être considérées comme très acceptables en service courant, mais il est permis de déplorer le manque de puissance de l'ensemble à bas régime. En revanche, la voiture est extrêmement souple et très agréable à conduire en ville. Nos avons obtenu lors de nos mesures de consommation des chiffres sensiblement comparables à ceux de nos essais précédents, mais diverses expértiences nous ont laissé constater une certaine diminution de la consommation sur route à très grande vitesse. Enfin, la Vedette 53 n'a rien perdu de ses qualités de voiture silencieuse.

L'aspect général de la boîte de vitesses n'a pas été non plus modifié. On retrouve la même première craquant facilement lors de l'enclenchement à l'arrêt et les intermédiaires sont aussi bruyantes que naguère. Il est certes dommage que ce moteur dont la puissance est concentrée à haut régime ne soit pas complété par une boîte quatre vitesses qui permettrait d'escamoter, tout au moins partiellement, l'indésirable discontinuité de puissance, entre la deuxième et la troisième, quand on veut, surtout en montagne, rester dans des régimes raisonnables.

Le freinage est également un des points où des modifications profondes sont intervenues sur le modèle 1953. Il était encore l'an dernier de notoriété publique que la Vedette freinait mal. Nous nous sommes employés au cours du présent essai à exiger le maximum des freins au cours de la traversée du Massif Central et c'est avec satisfction que nous nous sommes aperçus que l'on avait enfin tenu compte des nombreuses observations de l'Auto-Journal à ce sujet. Les freins de la Vedette ne constituent plus maintenant un problème et leur endurance permet d'avoir en eux une grande confiance.

TENUE DE ROUTE ET SUSPENSION

Nous n'avons en fait jamais critiqué la tenue de route de la Vedette et nous avons apprécié cette fois encore la sûreté de son comportement. En cas de conduite rapide, la bonne stabilité de la voiture jointe à la nouvelle efficacité des freins permettent de pallier dans une importante mesure les faiblesses du groupe ou de la boîte, et de très belles moyennes routières peuvent être accomplies sans risques. La présence d'une route mouillée ou d'un fort vent latéral doit toutefois inciter à la prudence, mais les nouveaux venus à la marque auraient tort de s'émouvoir de l'inclinaison sensible de la caisse en virages, qui, si désagréable soit-elle, ne présente aucun danger.

D'une précision suffisante, la direction est extremement douce, mais on peut lui reprocher une grande démultiplication qui n'est certes pas du goût de chacun. Par ailleurs, on note dans certains cas, des répercussions dans le volant suivant l'état de la route.
Quoique complétés par des amortisseurs fragiles, remplacés en cours d'essais, les éléments de suspension de la Vedette offrent un confort très satisfaisant aux passagers. Certains amateurs de conduite sportive regretteront peut-être cependant de ne pas trouver un ensemble plus ferme.

CARROSSERIE ET HABITABILITE

Esthétiquement parlant, les modifications apportées à la caisse de la Vedette peuvent sans doute être considérées comme bénéfiques : le nouveau décrochement de l'arrière, quoique forcément maladroit étant donné les antécédents de la caisse, crée une ligne plus agréable et la nouvelle calandre -qui n'est pas à notre avis le meilleur de tous les projets étudiés auparavant chez Ford- est sans conteste plus discrète que la gueule béante à laquelle certains ne s'étaient jamais habitués. Nous avons eu, en revanche, le regret de retrouver la même charnière saillante de portière arrière.

Il est difficile de faire des critiques à la Vedette en ce qui concerne la finition, lorsqu'on la compare aux autres voitures françaises. L'ensemble est bien présenté et respire le luxe de bon aloi. La large banquette avant peut accueillir dans des conditions de confort acceptables trois passagers de corpulence moyenne, tandis que deux personnes sont à l'aise à l'arrière avec un espace aux jambes suffisant. La garde au toit ne nous permet pas de soulever de grosses objections, les sièges sont bien dessinés, et leur moelleux satisfera les plus exigeants (alors qu'on n'en était pas de même pour la Vedette 1952). L'accessibilité souffre toujours de l'étroit goulet formé par les deux portières qui s'ouvent en sens inverse, celles de l'arrière pivotant malheureusement d'avant en arrière. Enfin, les accoudoirs latéraux gagneraient, à notre avis, à être placés légèrement plus bas, ce défaut étant surtout sensible à la place du conducteur.

Nous avons noté avec satisfaction la disparition du montant central de pare-brise. Il est remplacé par un cintrage de la vitre assez brutal qui ne résoud malheureusement pas le problème étant donné les déformations visuelles qu'il occasionne souvent au pilote. Les deux angles morts latéraux sont toujours aussi importants, et si le dessin de la nouvelle lunette arrière répond mieux aux exigences de la sécurité, les vitres latérales sont toujours de dimensions restreintes. Un net reproche peut être fait à Poissy au sujet de la mauvaise étanchéité d'une voiture dont le prix à lui seul devrait suffire à faire obstacle à ce genre de lacune. Le chauffage est monté en série, mais la Vedette demeure encore assez mal ventilée par temps chaud.

ACCESSOIRES

De toutes les voitures françaises, la Vedette est sans conteste celle présentant l'équipement le plus complet. Nous trouvons tout d'abord, sur le tableau de bord : un compteur de vitesse lisible et d'une jolie présentation, un totalisateur, un compteur journalier, un ampèremètre assez lisible, un thermomètre d'eau sommaire, un manomètre d'huile également très simplifié, une montre électrique, un répétiteur des clignotants, une jauge d'essence d'une précision discutable, un rhéostat-interrupteur d'éclairage du tableau de bord, un démarreur par bouton-poussoir et un jeu de tirettes commandant l'ensemble des accessoires.

La commande des clignotants avec retour automatique est disposée sur le côté gauche de la colonne de direction, tandis que les avertisseurs sont commandés par un cerclo. Notons en passant, qu'une tirette spéciale permet d'obtenir à volonté avertisseur de ville, de route ou encore de brèves actions des phares lorsqu'on se trouve en "lanternes".

Nous retrouvons par ailleurs, une poignée de frein à main gênante quand celui-ci est tiré, une commande d'ouverture de capot, un allume-cigarettes électrique, un cendrier de contenance assez moyenne, un lecteur de carte devant la place du passager avant, un vide-poches, un miroir éclairable fixé sur le verso du pare-soleil droit, une baladeuse livrée en série avec prise sur l'allume-cigarettes, un bon anti-vol, un phare de recul trop discret commandé par l'enclenchement de la marche arrière, un plafonnier à allumage automatique par l'ouverture des portières avant, six clignotants, des pare-chocs efficaces, une malle arrière de grande contenance, et nouveauté non négligeable, un lave-glace commandé au pied. Les essuie-glaces sont efficaces quoique présentant un angle mort central, les avertisseurs sont puissants et les projecteurs d'une bonne luminosité.

CONCLUSION

Il apparaît donc que la Vedette 53 constitue sur plusieurs points -en particulier en matière de freinage- un progrès sensible sur le modèle antérieur. bien que l'on puisse encore regretter une mauvaise répartition de la puissance disponible, ainsi qu'une consommation relativement importante, cette voiture peut maintenant être considérée comme au point. Il est de fait que la Ford SAF aura mis le temps à mériter cette conclusion, mais les usagers peuvent désormais trouver en elle une servante sûre et agréable, et même un conducteur sportif saura apprécier une tenue de route et un freinage qui lui feront excuser certaines insuffisantes. Il est néanmoins dommage que certains points, comme l'étanchéité, soient encore négligés à ce point.

André COSTA.
Fred
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