Essai Ford Comete 1952 - Article Auto Journal Special Salon

Discussions générales relatives aux comète et Monté carlo uniquement

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Messagepar fredV » Lun Juin 11, 2018 7:37 am

Texte intégral de l’essai dans l’Auto-Journal Numéro Hors-Série Salon 1952

L’an passé, nous vous avions déjà présenté, dans cette brochure, la « Comète » telle que nous la devinions à travers les dithyrambes publicitaires de la propagande Ford. Nous ne nous laissions pas éblouir par l’éclat de la nouvelle étoile, attendant de vérifier par nous-mêmes les performances annoncées.
Aujourd’hui, nous sommes en mesure de vous présenter la première étude technique de cette voiture publiée en France, mettant à nu ses qualités et ses défauts.

Bien que son lancement n’ai pas répondu à des besoins réels, la « Comète » paraissait intéressante à un double titre : c’était un modèle de luxe dont la production française est de plus en plus pauvre, c’était surtout une voiture construite à partir du chassis-moteur Vedette déjà utilisé pour la grande série. La formule présentait maints avantages, réseau commercial à forte densité, mécanique familière aux usagers, pièces détachées faciles à se procurer etc. Ensemble qui aurait dû concourir à réduire le prix de vente.

En vérité, ces avantages ne semblent pas avoir produit leur effet. Construite en petite série, deux à trois par jour au début, sa production plafonnant aujourd’hui à quatre véhicules, la « Comète » est loin de donner à ses usagers les satisfactions qu’ils étaient en droit d’attendre. Aussi, la faveur dont elle a jouit menace-t-elle d’être éphémère. De plus, les difficultés que connaissent les établissements « Facel-Metallon » d’où la « Comète » sort en série n’ont certes pas incité son constructeur à poursuivre une coûteuse mise au point. En effet, Facel-Metallon aurait été racheté par les aciéries de Pont-à-Mousson.
Dans ces conditions, une éclipse voire une disparition de la « Comète » est-elle à redouter ? Nous ne le croyons pas.

La très belle ligne – et les vraies qualités – de la voiture méritent une autre carrière. Déjà, on annonce l’étude d’une caisse allégée et la mise au point d’un V8 culbuté donnant 90cv au frein. En palliant les déficiences majeures de la « Comète », peut-être ces deux atouts lui permettront-ils de reprendre la place qui lui avait été une première fois ménagée sur sa bonne mine ?

GROUPE MOTO-PROPULSEUR
Le moteur de la Comète est celui de la Vedette. C'est donc un huit cylindres en V de 12 CV fiscaux, 68x78,8 à soupapes latérales, développant 66ch à 4500 t/min pour une cylindrée de 2158cc. Cette puissance, acceptable sur la Vedette, est insuffisante sur la Comète, dont le poids (1320 kg à sec) les ambitions, et plus encore, les prix, sont sensiblement supérieurs à ceux de la berline sortant de Poissy.

Cette faiblesse se traduit non seulement par des accélérations très moyennes, mais aussi par une vitesse maximum inférieure à celle de la Vedette 1952, pour laquelle nos essais de Montlhéry avaient donné 135 km/h. Or, avec la Comète dont nous disposions, nous n'avons pu dépasser le 131,8 km/h. Soucieux de contrôler de très près ce résultat qui risque de surprendre de la part d'une voiture passée sous de tels auspices, nous avons tenu à essayer sur la même piste une autre Comète. La vitesse maximum atteignait tout juste 130 km/h. Nous sommes très loin des 140 km/h annoncés généreusement par la propagande Ford !

Sur la route, l'insuffisance du moteur de cette voiture est sensible. Au-delà de 100 km/h, les accélérations sont des plus molles, et si la Comète maintient son allure une fois lancée, elle reste d'une grande sensibilité aux rampes. De même, à la sortie d'un virage, la lourdeur de la caisse se fait particulièrement sentir.

La Comète est donc une grimpeuse médiocre, s'essoufflant assez aisément en côte et manifestant dans les cols une regrettable tendance à chauffer. Malgré la présence d'un ventilateur de dimensions exceptionnelles, il est manifeste que le refroidissement du moteur manque d'efficacité. A titre d'exemple, nos essais ont été effectués à Montlhéry par une température de 28°C ; or, le radiateur a bouilli à plusieurs reprises, consommant environ 5 litres d'eau dans le courant de la journée !

La consommation d'essence de la Comète est assez élevée et comme on pouvait s'y attendre, légèrement supérieure à celle de la Vedette. Sur les deux voitures les fortes moyennes se paient cher ; le rendement du moteur, à soupapes latérales, dont l'alimentation imparfaite est variable d'un cylindre à l'autre, est loin d'être satisfaisant.
Il faut toutefois porter à l'actif de ce groupe une souplesse très appréciable : il est permis de laisser tomber la vitesse au-dessous de 40 en quatrième et d'accélérer progressivement, sans aucun heurt. Autre avantage de ce groupe : son silence, une qualité assez rare en France et remarquable aux régimes normaux sur la Comète comme sur la Vedette.

Bien que la boîte Cotal figure sur les catalogues à titre de supplément, toutes les Comète en sont, à notre connaissance, dépourvues. Il est incontestable que sa présence sur cette voiture rend la conduite beaucoup plus agréable. Si une bonne boîte de vitesses ne peut jamais remplacer les chevaux qui font défaut, elle permet d'utiliser au mieux les possibilités du moteur. C'est ainsi, en particulier, qu'on fait appel à la troisième dès que l'on veut, au mépris de la consommation, disposer d'une nervosité à peu près inexistante en quatrième.
Rappelons que sur la boîte Cotal, la troisième et la quatrième sont silencieuses, mais la première et la seconde émettent un sifflement caractéristique.

Notons que le constructeur envisage de monter prochainement sur la Comète une boîte Weyman. On sait que ce dispositif permet de changer de vitesse sans débrayer, la conduite de la voiture s'effectuant avec les seules pédales d'accélérateur et de frein.

Comme sur la Vedette, le freinage de la Comète est loin de donner entière satisfaction. Il n'est efficace et équilibré que si l'on n'exige pas de lui des efforts répétés ; encore faut-il exercer sur la pédale une forte pression pour obtenir un ralentissement énergique. Attendons l'amélioration annoncée comme définitive !

La direction de la Comète est très douce, précise, et ne fatigue jamais le conducteur. Le volant, à trois branches, d'une conception nouvelle, est non seulement élégant, mais très bien disposé et parfaitement en mains. La voiture est maniable et son rayon de braquage est normal.

TENUE DE ROUTE ET SUSPENSION
La tenue de route de la Comète est très bonne : la voiture, lourde et basse, adhère bien au sol, même à grande vitesse. Il faut vraiment la brutaliser dans un virage pris à vive allure pour faire apparaître une très légère chasse à l'arrière aisément rattrapable. Notons de plus qu'elle se couche beaucoup moins que la Vedette en courbe et qu'elle est aussi moins sensible au vent latéral.
La suspension, très classique, est excellente : les pavés, même très mauvais, sont à peine perceptibles ; les irrégularités de la chaussée sont absorbées dans de bonnes conditions.

CARROSSERIE ET HABITABILITE
Nul ne contestera l'élégance de la Comète et la grande pureté de ses lignes. A cet égard, la voiture est une très belle réussite : ce modèle 2 portes se classe très certainement aux premiers rangs de la production française.
Sous n'importe quel angle, la carrosserie est harmonieuse et équilibrée. Tout au plus peut-on formuler quelques réserves sur le dessin de la calandre, inutilement apparentée à celle, très inesthétique, de la Vedette.
Soulignons ici une faiblesse inadmissible de finition ! Sous le rapport de l'étanchéité, de très gros progrès restent à accomplir, puisque des fuites appréciables ont été décelées aux portières et dans le coffre.
Ajoutons que, si le moteur est silencieux aux allures moyennes, des vibrations regrettables apparaissent ici et là dans la caisse, surtout aux grandes vitesses.

La visibilité générale est peu critiquable. Le pare-brise bombé, de hauteur convenable, est surtout exceptionnellement large (1,34m). Ses montants sont suffisamment étroits pour réduire notablement l'angle mort gauche habituel, avantage dont la Vedette est loin de bénéficier. Les vitres latérales sont de grandes dimensions et la lunette arrière est d'une surface généreuse.

L'habitabilité mérite de retenir tout spécialement l'attention. L'accès aux places avant, par les larges portières, est relativement aisé. Les deux sièges séparés et réglables offrent un confort très appréciable. L'inclinaison et la courbure du dossier sont bien étudiés et l'ensemble est moelleux. De longues distances peuvent être couvertes, sans aucune fatigue. Ajoutons que les occupants des sièges avant disposent d'une garde au toit que l'on ne soupçonne pas de l'extérieur. Déplorons, en revanche, l'absence totale de sérieux qui a présidé à l'aménagement de la banquette arrière. Non seulement l'accès en est très malaisé, mais il est à peu près impossible à une personne adulte d'effectuer un déplacement dans un espace aussi exigu. La garde au toit y est, de plus, insuffisante.

L'aération est assurée uniquement, par deux glaces descendantes munies de déflecteurs. Les glaces arrière sont fixes et il n'existe pas de trappe. Le manque d'air frais se fait particulièrement sentir, car la mécanique dégage une forte chaleur. Le conducteur et le passager reçoivent, du moins sur les modèles dont nous avons disposé, de désagréables bouffées d'air plus que tièdes, et leurs pieds se trouvent à une place où la température est particulièrement gênante. Dans de telles conditions, le chauffage monté en série serait presque superflu. Il n'en est pas moins efficace. La Comète est dépourvue de toit ouvrant.

ACCESSOIRES
Vu sous cet angle particulier, on peut dire que la Comète fait montre de qualités assez peu communes. Il faut reconnaître que son équipement a été étudié avec soin.
Le tableau de bord, de bon goût, peut être considéré comme presque complet.
Les clignotants sont encastrés à l'avant dans les pare-chocs, à l'arrière dans les feux d'aile.
Dans le pare-chocs arrière, nous trouvons un phare de recul (commandé directement par la marche arrière) et un cataphote, tous deux logés dans les bananes de pare-chocs. L'éclairage intérieur est assuré par deux plafonniers latéraux commandés par l'ouverture des portes.
Les essuie-glace électriques, d'une rapidité suffisante, laissent au centre du pare-brise une importante surface non dégagée. Les pare-chocs, très enveloppants et d'une dimension convenable, n'ont pas hélas, une résistance aux chocs suffisante.

Déplorons encore que le capot du moteur, d'une dimension très réduite, ne permette pas un accès facile aux différents organes mécaniques et ne possède, une fois ouvert, aucun système de calage. Son contre-poids trop faible ne l'empêche pas d'osciller dangereusement. Signalons encore qu'il s'ouvre de l'avant vers l'arrière et que le crochet de sécurité n'a pas la robustesse nécessaire pour donner une sécurité totale.
Dans le coffre arrière, d'un volume correct, la roue de secours est placée verticalement du côté droit. Le couvercle de la malle, comme le capot, est lui aussi, mal "compensé". Terminons en regrettant que l'étanchéité du coffre n'ait pas été mieux étudiée.

CONCLUSION
La Comète se veut "une voiture de grande classe par l'élégance de sa ligne et le raffinement de ses aménagements intérieurs". Si la première partie de la proposition est vraie, il n'en va pas de même de la seconde. Sous sa forme actuelle, nous voyons mal à qui ce coûteux véhicule peut bien s'adresser. Il y a beaucoup à gagner sur le plan de la puissance et du poids -négligeons ici l'habitabilité et le silence- pour transformer cette très gracieuse voiture en réelle voiture de très grande classe.

Qualités : Moteur souple et silencieux aux allures moyennes – Boite de vitesse bien échelonnée et d’un maniement aisé – Direction douce et précise, rayon de braquage acceptable, voiture maniable, agréable et peu fatigante à conduire – Tenue de route excellente – Très bonne visibilité – Sièges avants moelleux et très bien dessinés – Elégance de la silhouette, bonne finition d’ensemble – Tableau de bord bien présenté et assez complet.

Défauts : Puissance et rendement du moteur insuffisants ; reprises molles ; vitesse maximum relativement peu élevée – poids excessif et consommation importante – moteur chauffant facilement – Aération très mal étudiée – Habitabilité ridicule à l’arrière – Voiture bruyante à grande vitesse – Capot très étroit basculant d’avant en arrière – Capot et couvercle de malle impossibles à bloquer dans leur position d’ouverture – Mauvaise accessibilité générale du moteur – Etanchéité déplorable.
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